Sa voix aux notes graves était mélodieuse, avec la même tristesse que j'avais lue sur son visage; elle ne ressemblait pas à la voix des autres jeunes filles, et je fus ému de l'entendre. La mère, avec une condescendance exagérée répondit:

—Oui, ma fille, il fait chaud, rentrons.

En effet, cette journée de mai se faisait orageuse et lourde; elle pesait sur les nerfs, et l'on entendait, au lointain, des grondements sourds.

Les deux dames rentrèrent dans la maison, puis reparurent dans la chambre. La mère embrassa la fille et s'en alla. Je rouvris ma fenêtre.

Ma voisine alors était assise près de sa table. Au bruit que je fis, elle dressa la tête, m'aperçut, se leva et vint tout droit, comme pour me rejoindre.

Enhardi, je saluai et je souris. Mais elle resta immobile, et je pus croire qu'elle ne m'avait pas vu ou qu'elle me supprimait. Mon sourire, figé sur mes lèvres, devint stupide: à nouveau une gêne me prit, et toute mon audace, encore une fois, s'en alla; je ne savais quelle contenance tenir, et je m'interrogeais, quand la belle Allemande retourna vers la table, prit son bouquet et revint.

Avec un grand soin, elle choisit un iris, et le contempla longtemps: puis elle le lança dans ma direction, et la fleur fit une courbe violette. Instinctivement, j'avais tendu les mains.

—Rœschen!

Sans le vouloir, j'avais crié son nom. Elle parut surprise de l'entendre, et m'inspecta avec plus d'attention. Mes bras étaient toujours tendus vers la fleur et vers elle. Sans doute, je dus lui paraître grotesque, car elle éclata de rire, fit une révérence, et ferma sa fenêtre.

Un peu vexé, je résolus de sortir avec affectation et de ne plus me montrer ce jour-là. J'étais d'ailleurs fort intrigué, et je m'expliquais mal les attitudes de la belle Allemande. Je me disais: