Mon malaise devint tel, sous cette surveillance fixe, que je quittai mon poste, et, pour me donner contenance, je me remis à déballer mon bagage. Cela du moins signifiait:

—Constatez que je m'installe; je reste auprès de vous.

Comprit-elle? Je n'en pouvais douter, et même je conclus qu'elle s'en réjouissait, car son visage avait, à la fin, perdu toute expression de tristesse. Mais l'heure du déjeuner arriva, et mes hôtes m'attendaient en bas. Je dus quitter ma chambre, et je n'en sortis qu'à regret, avec la hâte d'y revenir, pressentant déjà que j'allais passer entre ses quatre murs la meilleure partie de mon séjour au pays d'Outre-Rhin, et restreindre à cette blonde figure mon étude du monde germanique.

Je revins, en effet, dès que le repas fut terminé, et, sous prétexte de lettres à écrire, je m'enfermai chez moi.

Ma voisine se promenait dans le jardin, en compagnie d'une dame âgée, qui la suivait pas à pas.

Elle était plus grande que je n'avais pensé; elle marchait avec une dignité de reine, et très lente. Elle fit un bouquet: avant de cueillir une fleur, elle l'examinait minutieusement, et réfléchissait; je notai que parfois, au moment de briser la tige, elle relevait la tête, comme pour écouter un avis ou pour faire un calcul mental, et souvent elle s'éloignait sans avoir pris la fleur.

Abrité derrière mon rideau, j'observais ce manège, qui dura longtemps. Enfin, la jeune fille remit le bouquet à sa mère, et, s'approchant d'une petite fontaine qui s'élevait au milieu du jardin, elle retroussa ses manches flottantes jusqu'au-dessus du coude; je pus admirer ses bras, ronds et blancs, qui brillaient sous le glacis de l'eau, comme des miroirs.

La mère dit:

—Assez, Rœschen, assez!

—Il fait si chaud, maman!