Mais toutes ces belles choses de la nuit n'arrivent jamais en plein jour, et, lorsque je rentre au matin, dans l'existence banale, j'y arrive avec des nerfs crispés, un cerveau las qui tournoie encore: la fatigue des nuits me fait des journées dolentes, et personne ne vient à moi.
On a raison, car je suis irritable; mais, à force d'être exilée, je deviens plus acariâtre encore. Je m'en rends compte: on n'est pas bien, près de moi; je communique mon mal, et c'est tout juste qu'on me fuie; je voudrais redevenir bonne et douce: je ne peux pas! Je souffre trop, et ma tête s'en va. J'ai des colères subites qui me laissent dans le crâne une grande souffrance.
Et puis, il y a maintenant une idée qui me harcèle et qui me revient dès que je l'ai chassée. Je me dis: «Si l'enfant n'était plus là!» Alors, j'imagine une maison calme, une existence à deux, et l'amour reconquis, et la paix dans mon cœur…
—Si l'enfant n'était plus là!…
Et je voudrais qu'il disparût, ce vivant portrait de la morte! Je le voudrais tant, je le veux tant que… C'est horrible! J'ai peur de moi, et de cette idée fixe.
Au revoir. Écris-moi un peu.
Ton amie,
Louise.
«J'ai reçu tes lettres, ma chère amie. Merci, pour tes bonnes paroles, pour la bonne amitié. Je te sais gré de la peine que tu as prise de me donner des conseils: mais ils étaient inutiles, vois-tu, et bien dangereux aussi. Imagine un peu les malheurs nouveaux que tu pouvais amener dans mon ménage, si mon mari avait lu des phrases dans lesquelles tu plaides pour l'enfant de sa première femme: on dirait que tu me dissuades de le tuer, ce chérubin! Mon Dieu, quelle horreur! Se peut-il que mes pauvres lettres t'aient donné de moi une semblable idée? Brûle-les vite, alors, et qu'il n'en reste rien! N'est-ce pas, tu vas les brûler? Jette encore celle-ci au feu, et ne parlons plus de mes misères, puisque je les explique si mal…