C'est bien. Je vais raconter tout, si je peux.

Des semaines, j'ai lutté. Je ne pensais, je ne pouvais penser à aucune autre chose. C'était une obsession de toutes les minutes. Je marchais comme dans un rêve, et tout le monde constatait mon air égaré.

Nul ne songeait à attribuer mes bizarreries à un commencement de grossesse, car on ignorait mon état.

Cependant, un jour, mon mari en eut l'idée, et il m'interrogea. Mais je niai, et même avec énergie, presque avec colère.

—Vous êtes étonnants, vous autres hommes, ma parole! Est-ce que nous n'avons pas une âme, des sentiments, aussi bien que vous? On dirait, à vous entendre, que toutes nos pensées dépendent de notre santé, et quand nous sommes tristes, ou quand nous voyons clair, vous nous croyez malades!

Il n'insista point, et fit de son mieux pour m'apaiser.

Mais aujourd'hui, lorsque je regarde en arrière, il me semble qu'en ce temps-là je n'ai pas vécu moi-même, et qu'une autre créature s'agitait à ma place, qu'une autre âme habitait mon cerveau, et commandait mes gestes. Ce temps-là, c'est une espèce de trou noir, dans ma vie: j'y vois mal, et je m'en souviens tout juste comme d'un cauchemar. Je ne sais plus qu'une chose: j'avais besoin que l'enfant mourût!

Alors je me suis mise à le tuer.

Comment? Il me fallait une arme qui n'éveillât point de soupçon.

Un simple mouchoir m'a suffi, avec son poison lent, un mouchoir de tuberculeux…