J'ai caché cette chose dans le lit de l'enfant, entre la paillasse et le matelas, sous la tête; et puis, j'ai attendu.
J'ai attendu des mois. Le poison, sous la chaleur de son petit corps, fermentait. Il a fermenté pendant des mois, et je regardais, en attendant.
J'attendais sans impatience, et j'étais tranquille, comme on devient quand on est sûr.
A vrai dire, mes mains avaient tremblé, et mon cœur avait failli, au moment du coup, tandis que je cachais le poison. Je m'étais retournée brusquement.
—On me voit!
Le portrait de la mère, accroché au mur, me surveillait, d'un regard froid. Je m'étais sauvée dans ma chambre. J'avais lavé mes mains et mes bras jusqu'au coude, dans une eau sublimée, et cet émoi passé, j'étais redevenue tout à fait calme.
Depuis lors, je n'éprouvais plus qu'un grand soulagement, une sorte de bien-être, la sensation d'une délivrance. Je n'avais plus rien à faire. La nature se chargeait de la besogne. Comprends-tu? Dans mon aberration, je me disais: «Tout cela ne me regarde plus; la maladie tombe où elle veut; on est atteint, on meurt, on en réchappe. Qu'y peut-on?»
J'arrivais ainsi à me persuader que je n'étais pas coupable! Me persuader? Non. Pas même! Je me disais cela, tranquillement. Je ne me réfugiais pas derrière un sophisme, pour me rassurer, pour m'absoudre. Je me sentais innocente! Et j'attendais.
Se peut-il donc que le crime apaise et rassérène? Il est un fait constant, certain, c'est que, à dater du mouchoir, je cessai de souffrir. Mes nerfs reposés ne me faisaient plus ces horribles nuits de fièvre; ma jalousie avait disparu comme par enchantement; l'existence me paraissait meilleure, possible, arrangée; je me montrais beaucoup plus douce; même, l'enfant, peu à peu, me redevenait sympathique, et tout au moins ne m'inspirait plus de rancune; mon mari, de me voir en meilleur état, se réjouissait et se rapprochait; j'annonçai ma grossesse: ce fut une joie! Nous eûmes ensemble, à nous trois, des soirs d'intimité et de gaieté, comme aux premiers temps de mon mariage. Et j'attendais…
Dans cette sérénité monstrueuse, je me suis dit un jour: «Voilà. Si le petit en réchappe, c'est qu'il ne doit pas mourir, et que notre existence doit continuer telle qu'elle est: nous continuerons. Si au contraire il est pris par le mal, tant pis. Voilà.»