Par cette manière de raisonnement, je me dégageais encore mieux de toute responsabilité, et je la rejetais sur la nature, sur Dieu, leur offrant de choisir, les laissant maîtres de me donner tort ou raison, d'approuver ma conduite ou de la blâmer, et, s'ils me donnaient tort, de tuer le mal, au lieu de tuer l'enfant!

J'ai attendu, je te dis, pendant des mois.

Je demandais: «Comment vas-tu, mon petit, ce matin?»

Il allait bien.

Le soir, je le bordais, et j'arrangeais ses cheveux bouclés autour de son visage, pour qu'il ne fût point chatouillé par les petites mèches, et qu'il fût joli en dormant; il me souriait du fond de ce trou blanc, avec les yeux de sa mère.

Alors, je lui disais: «Dors bien, mon petit.»

Puis, je tirais sur lui les rideaux de la couchette, afin de l'enfermer avec la mort, et pour que rien ne fût perdu.

Le lendemain, au réveil, je demandais encore:

—Comment vas-tu, mon petit, ce matin?

Un jour il a toussé, en s'éveillant.