Cela m'a fait quelque chose. Je suis devenue très pâle, et une sueur m'a mouillé les tempes. Je me suis en allée. Je me suis cachée dans ma chambre. J'avais froid. Mon cœur battait fort, puis s'arrêtait. J'ai eu des frissons, un vertige. Je me suis jetée sur mon lit défait, et j'avais peur de la lumière.
Ah! ne crois pas, ma pauvre amie, que c'était le réveil de la conscience! Un simple effroi devant la mort apparue, et voilà tout. Quand cet instant-là fut passé, je suis retombée dans mon impassibilité de bête repue, et je concluais: «Dieu a opté pour la mort.»
Cependant, j'eus besoin ce matin-là d'aller à l'église et de prier. Mais j'achevais chaque prière en répétant: «La volonté de Dieu soit faite!»
Ensuite, je rentrai dans mon calme, et, de nouveau, j'attendis pour voir si véritablement le petit avait le germe du mal.
Le père, d'abord, n'appréhendait rien, qu'un rhume. Moi, je guettais. Bientôt, nous vîmes l'enfant dépérir. Il se fanait, comme une fleur dans un vase. Sa peau devint terne. Il eut un air grave et vieillot. En vieillissant ainsi, il ressemblait davantage à sa mère: ce fut tout à fait, sur l'oreiller, le visage d'une femme, avec des boucles blondes et des yeux qui brillaient trop. Mais cette ressemblance ne me torturait plus comme autrefois. J'attendais.
Le père voulut consulter un médecin, et je l'approuvai.
Je l'approuvai sincèrement. Je n'aurais pas moi-même proposé l'examen médical, parce que cette initiative, venant de moi, comportait une répugnante hypocrisie. Mais j'acceptais très volontiers. N'est-ce point bizarre, ces contradictions-là? Je tue, avec la plus lâche fourberie, et dans l'impunité. Mais jouer la comédie de réclamer un docteur, fi donc! Cela serait déshonorant.
Que le médecin vienne, s'il veut, et qu'il guérisse le malade, s'il peut. C'est leur affaire. Qu'on se débrouille! Et j'attendais.
Le médecin diagnostiqua la tuberculose, prescrivit la suralimentation, le repos, le grand air.
Alors, je devins une garde-malade indifférente, correcte, qui remplissait toutes les fonctions de son rôle. Je faisais le nécessaire, tout le nécessaire: entre la mort et la vie, je ne voulais pas prendre parti.