J'avais retiré le mouchoir, devenu inutile, et maintenant, pour rien au monde je n'eusse consenti à aider le mal: j'aurais considéré tout mauvais soin comme une action coupable, et la seule. Je faisais mon devoir d'épouse; je soignais l'enfant de mon mari, avec loyauté, sans dévouement.
On m'admirait pourtant, et l'on disait autour de moi: «Une mère ne ferait pas davantage.» Ces éloges me laissaient froide, ne me causant ni joie d'avoir trompé les gens, ni honte de mon cynisme, ni remords de mon crime. En vérité, ma folie était, je crois, de ne plus rien sentir; j'avais perdu ma conscience.
Nous avions retiré les rideaux du lit, et l'enfant dormait avec la fenêtre entr'ouverte.
Un soir, debout près de sa couchette, je le regardais dormir: sa respiration pénible soulevait le bord de sa couverture, entre-bâillait ses lèvres, et ses pommettes étaient roses. Je l'examinais, tranquillement, et, je te dis, j'étais debout; puis je me penchai pour mieux voir.
Alors, dans ce mouvement, je sentis, au fond de mes entrailles, un choc brusque, comme d'un coup de pied, qu'on m'aurait donné au dedans de moi. Je me relevai, pour appuyer ma main sur mon ventre douloureux, et je compris…
Mon enfant avait remué! J'allais être mère! Moi, mère d'un tout petit, plus frêle encore, et frère de celui-ci qui sommeillait, tout doux et tout mourant, dans sa couchette.
Alors, je vis clair, je vis tout!
Stupéfaite de ce que j'avais pu vouloir et accomplir, folle,—oui, folle de ne plus l'être,—je tombai à genoux, dans ma douleur, et je tendis les mains vers l'autre mère, en murmurant: «Pardon…»
Crois-tu qu'elle pardonnera?
Et toi, me permets-tu encore de signer