Ton amie,

Louise.

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«Tu ne m'as pas répondu. Je te fais horreur? Ne t'en défends pas, car je te comprends. Excuse-moi si j'ai troublé ton repos avec le récit de mes crimes. J'avais tant besoin, ma pauvre amie, d'entendre un cri d'horreur qui ne fût pas celui de ma conscience!

J'ai attendu ta réponse: elle n'est pas venue. Alors, je me suis sentie trop seule. J'avais peur de me jeter aux pieds de mon mari, d'avouer tout.

Je suis allée à confesse, et, dans l'ombre, j'ai dit au prêtre les choses qui sont.

Il m'a dit:

—Dieu vous éclaire enfin.

Il m'a prescrit, pour toute pénitence, de vouer mes jours et mes nuits à sauver ma victime.

Certes, je n'avais pas besoin d'un tel ordre! J'exècre mon aberration ancienne, et j'ai beau me dire que je n'étais pas moi, que j'ai traversé une crise de folie, que les commencements de ma grossesse, peut-être, ont déséquilibré mon cerveau, que je n'ai rien de commun avec la misérable à laquelle il fut possible de concevoir et d'exécuter ce que j'ai fait… Des mots! C'est des mots, tout cela! Un crime a été, il est, et je l'ai conçu avec mon esprit, je l'ai exécuté avec mes mains! Oh! tuer un petit, dans sa couchette, quand il dort! Une femme a pu cela, et je suis cette femme! Il me semble que j'ai souillé la terre, et, quand je rencontre mon visage dans un miroir, j'éprouve une horreur qui est presque de l'épouvante!