Mon mari, maintenant, trouve que je me fatigue trop, et que mon dévouement passe la mesure. Le docteur n'a-t-il pas eu la maladresse de déclarer que j'avais besoin de grands ménagements, que j'étais faible, et que mon système nerveux, surmené, exigeait le repos? S'il savait, cet homme! Mais il ne peut pas savoir que la fatigue, et même la mort, me seraient douces comme une expiation, et que je me plais à voir ma santé dépérir, tandis que celle du pauvre petit s'améliore à mesure.
Car il va mieux, vois-tu, beaucoup mieux; et parfois, je me demande si, par un miracle, ma vie ne sort pas de moi pour entrer en lui, et pour reconstituer la sienne. Cette pensée me fait du bien, comme un pardon qui descendrait de Dieu.
Je t'embrasse…
Louise.
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«Un bien douloureux événement, depuis ma dernière lettre! J'ai mis au monde un enfant mort. Toi qui sais, ne la vois-tu pas, la main de Dieu? Le médecin, pauvre savant, s'imagine et affirme que l'excès des fatigues m'avait mis hors d'état de supporter les labeurs d'une grossesse. Ah! que la science des hommes est courte! Ne me plains pas trop. J'ai mérité le malheur qui m'arrive. Je bénis la bonté qui me frappe. Dieu est juste. C'est justice que j'expie. J'ai voulu la mort d'un enfant; la mort est venue à mon appel: c'est mon enfant qu'elle a pris. La volonté de Dieu soit faite!
Louise.
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«J'ai bien souffert, ma bonne amie. Je me disais: «Tu n'as pas le droit de te plaindre!» J'ai pleuré pendant des nuits, la face sur l'oreiller.
Le jour, devant les autres, je restais calme, parce que j'ai trop de honte quand on me plaint, quand on me console, quand on m'admire. Car il y a des gens pour m'admirer et pour croire que des soins incessants et des nuits d'insomnie furent la cause de mon mal! Il y en a, et mon mari est de ceux-là! Quand ils parlent ainsi devant moi, j'ai envie de leur crier la vérité, et j'étouffe!