Lorsque le petit vient m'embrasser, elle sourit. Elle est heureuse. Elle n'est pas jalouse. Le soir, il dit sa prière entre nous deux, à genoux au pied de mon lit, avec ses petites mains jointes. Et voilà que, l'autre jour, il a demandé à Dieu le bonheur pour ses deux mamans. Il a trouvé cela tout seul, le chérubin! Quand je l'ai entendu, une grande émotion m'a parcourue tout entière, une émotion si tiède, si longue, que j'en restais alanguie et stupéfaite: c'était comme un sang nouveau qui venait de couler au fond de moi, de la tête aux pieds, et, du même coup, j'étais une autre femme, pardonnée, lavée par le mot d'un enfant!
Mon mari était là, debout, dans la chambre. Malgré sa présence, je n'ai pu me contenir. Je me suis tournée vers le mur, parce que j'éclatais en sanglots.
M. Lanjorais s'est approché de moi, et il me parlait doucement, avec des mots qui ne signifient rien, mais qui calment. J'ai senti qu'il posait la main sur ma tête. Enfin, je me suis retournée, et j'ai vu le petit, qui me contemplait avec étonnement.
Je lui ai tendu les bras. Il est venu en courant, et j'ai pleuré dans ses cheveux. Je l'embrassais de toutes mes forces, et je disais:
—Merci!
Il ne comprenait pas, et son père ne comprenait qu'à demi, bien qu'il eût entendu le dernier mot de la prière. Sans doute, il attribuait mon émoi à l'impressionnabilité d'une malade. J'ai cru, encore une fois, que j'allais avouer tout, dans un élan de mon cœur, et déjà j'ouvrais la bouche pour parler.
Mais, alors, j'ai vu la mère qui du haut de son cadre, regardait son enfant serré sur ma poitrine; et son regard disait:
—Tais-toi, ne trouble plus la vie.
J'ai fermé les yeux, et ce fut le premier instant de bonheur pur que ta pauvre amie ait jamais connu en ce monde.
Oh! maintenant, vois-tu, c'est fini! Nous sommes heureux, tous les quatre, et nous resterons heureux!