—Que voulez-vous? C'est la nature.
Un de ses plus dévoués agents, aide et compagnon de ses débuts, un ami, osait, dans une heure d'égarement et de besoin, prendre à la caisse une somme qu'il pensait restituer en fin de mois? Goldenstock le faisait arrêter, condamner, et ruinait cette famille.
—Que voulez-vous? C'est la loi!
Sa femme le trompa et s'enfuit avec un peintre déjà illustre.
—Que voulez-vous? C'est la femme!
En cette circonstance pourtant, on admira la conduite du Conservateur, et on se demanda avec étonnement s'il ne conviendrait pas de lui reconnaître une grande âme. Il fit montre, en effet, d'un stoïcisme peu commun, et marqua bien qu'il mettait l'Art au-dessus de tout, même de ses rancunes.
Les gens de Bourse furent les plus surpris de son indulgence, car ils le connaissaient pour tenace dans ses haines, et plus d'une fois il en avait donné la preuve; on savait que Goldenstock parvient toujours à se venger du tort qu'on a pu lui faire ou lui vouloir, et que même, afin de décourager les agresseurs, il se venge avec ostentation, terriblement.
—Que voulez-vous? C'est la lutte!
Mais, de la séduction de sa femme, il ne se vengea point. Peut-être y était-il indifférent? On le supposa, ou tout au moins on crut que Goldenstock voulait paraître tel. Au lieu de décrier le peintre qui le ridiculisait, il affecta de lui conserver son admiration tout entière; la vilaine trahison n'empêchait pas l'immense talent:
—Que voulez-vous? c'est l'homme!