Hélène se confessa, dès le matin venu, et sans doute Dieu lui pardonna son péché, car aussitôt elle reçut avis d'une maternité prochaine.

Le soir, elle en informa gravement son époux, qui fut d'abord très satisfait, mais qui le fut moins quand Mademoiselle de Romell lui déclara que, les fins du Créateur se trouvant désormais atteintes, M. Bonnavent ne l'approcherait plus. Le gros garçon, hilare, protesta, et sa femme lui sut mauvais gré de plaisanter en de telles circonstances, sur de telles matières: cette suprême indécence d'ailleurs, ne l'étonna nullement de la part d'un rustre et d'un impie; dans la querelle qui suivit, elle rappela fort à propos le forfait du grand oncle qui avait voté la mort de Louis XVI; enfin, elle congédia son mari avec hauteur, ajoutant que toute tentative analogue, renouvelée quand Dieu venait de bénir leur union, serait considérée par elle comme une offense envers le Ciel, offense doublée d'ingratitude.

Eugène Bonnavent se résigna sous la boutade, pendant une semaine entière; au bout de huit jours, il tenta de renouveler l'offense; mais son audace n'eut d'autre résultat que d'installer, au cœur de la pieuse dame, une aversion définitive.

Donc, quatre mois après son mariage, Eugène Bonnavent prit une maîtresse, et les trois arrondissements furent d'accord pour s'apitoyer sur l'épouse trompée. La pitié publique alla même jusqu'à souffrir que Madame Bonnavent ignorât ses malheurs, pendant toute la durée de sa grossesse. Mais après les relevailles, on lui laissa connaître la vérité entière.

Hélène en fut plus émue qu'elle n'aurait pensé devoir l'être, et son déplaisir ne manqua pas de lui occasionner une surprise: quel que fût son mécontentement, elle n'imagina point de l'attribuer à la jalousie, car elle ignorait l'existence de ce sentiment, et même la signification de ce vocable. Elle pensa seulement qu'on lui infligeait une avanie de plus, avanie publique, et elle offrit sa peine au Seigneur, en expiation de ses fautes.

Pour le surplus, elle se réjouit d'avoir dorénavant un prétexte qui l'autorisait à refuser son corps aux devoirs d'incongruité.

Comme il sied à une nature droite et sans complaisance, qui aime les situations nettes et qui prétend faire porter à chacun la responsabilité de ses fautes, elle provoqua une explication entre elle et son mari. Très froidement, elle lui déclara qu'elle connaissait sa conduite, et ne daigna point la lui reprocher; mais elle l'informa que dorénavant il n'était plus qu'un étranger, et qu'elle se considérait comme veuve. Le mari, honteux, essaya, par son humilité, d'atténuer les choses, mais il parlait à une statue. Pendant qu'il s'excusait, la statue se retira avec dignité.

Le gros garçon resta en plan, sur ses phrases inachevées. Il fit une moue, hocha la tête, mit les mains dans ses poches; mais comme, au fond, tout cela lui importait peu, il en prit son parti, et vogue la galère!

—Chacun de son côté! C'est peut-être le mieux.

M. Bonnavent vécut au dehors, et Mademoiselle de Romell de Candeleus, son épouse, purifiée du mariage passé par la maternité présente, rentra, comme après un voyage au loin, dans le recueillement heureux de sa jeunesse.