Des attaches mondaines, elle ne connaissait plus que son rôle de mère; encore devait-elle s'efforcer pour donner des marques de tendresse à cet enfant du réprouvé qui ressemblait trop à son père, et qui, vivant souvenir du cauchemar, portait au front la tache originelle: il ne fallut rien moins que le baptême pour que sa mère l'agréât, à l'exemple du Rédempteur, et l'enfant de sa chair n'eut grâce devant elle que comme un chrétien dont le Ciel lui commettait la garde.

L'enfant mourut bientôt. La mère ressentit un chagrin noble et sans violence.

—Dieu l'avait donné, Dieu l'a repris.

Bonnavent pleurait. Il montra le désespoir aigu et déplacé d'un matérialiste qui ne sait pas d'où nous viennent les coups, et qui entre en rébellion contre le Ciel.

Hélène ne lui sut aucun gré de sa douleur, et ce deuil ne les rapprocha point. Au contraire, elle perçut là un décret de la Providence qui avait voulu, en brisant ce frêle lien, ratifier la séparation de deux êtres mal assortis.

Elle fut définitivement la veuve autant que l'orpheline; seule désormais sur la terre, elle fit de l'église sa véritable maison, et le confessionnal fut l'unique endroit où l'on parle.

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Des années passèrent ainsi. Repliée sur elle-même et concentrant son âme, Madame Hélène, vêtue de noir, devenait maigre avec des yeux ardents, et sa religion s'exaltait jusqu'au mysticisme.

Ses nerfs, tendus dans la solitude, se crispaient, amenant les nuits d'insomnie, et des visions la hantèrent. Trop pieuse pour concevoir et surtout pour admettre que l'âme est susceptible de se médicamenter par l'hygiène, elle garda pour la confession le secret de ses troubles, de ses rêves et de ses extases.

Cependant, le vieux Chanoine était mort.