Un prêtre béarnais, violent, âpre, d'éloquence chaude et rude, l'avait remplacé, et sa parole terrorisait les cœurs dévots. Son arrivée dans le pays ayant coïncidé avec l'ouverture du Carême, ses premiers sermons avaient émerveillé la ville, et les sceptiques eux-mêmes voulurent l'entendre: les membres de la magistrature et du barreau furent unanimes à reconnaître son talent, et ceux qui pensaient bien lui donnèrent du génie.

—Il ira loin, celui-là!

Cet homme de trente-cinq ans était large d'épaules, haut de taille; il avait le teint brun, le front blanc, le nez droit, les yeux profonds, la bouche hautaine; il marchait avec majesté; on le sentait dédaigneux, sûr de lui, et né pour le commandement.

Hélène lui présenta sa conscience.

Elle avait peur de lui, quand elle s'agenouilla pour la première fois au confessionnal, près de cette grille derrière laquelle frémissait, au fond des ténèbres, une âme trop puissante pour compatir aux misères des femmes. Mais sa surprise n'en fut que plus rassurante, lorsqu'elle entendit la grande voix du prédicateur se faire douce et fraternelle: il lui sembla que le noble esprit se baissait vers elle pour la comprendre, et la pauvre femme écoutait les mots d'apaisement qui tombaient en murmure, dans l'ombre, du haut de la bouche inspirée.

Une suave quiétude pénétra tout son être; elle sortit du confessionnal avec une sensation pareille à celle qu'on éprouve au retour de la Sainte-Table: elle marchait, allégée, toute neuve, le cœur épanoui; une lumière paisible baignait ses pensées, et le monde lui parut meilleur.

On eût dit que la nature elle-même s'éclairait de cette fête intérieure. C'était un matin de printemps, un jeudi. Hélène se promena dans son jardin, ce qu'elle faisait rarement, et cueillit des fleurs, ce qu'elle ne faisait jamais. Plusieurs fois, elle s'arrêta pour respirer largement, avec la joie inconnue jusqu'alors de sentir qu'elle respirait.

Elle regarda le ciel, où passaient de fins nuages blancs, et elle les vit.

Il lui parut que des choses s'éveillaient autour d'elle, changeant de formes ou de couleurs. Elle calcula qu'elle aurait trente ans bientôt, et, sans savoir de quoi elle se trouvait heureuse, elle remercia Dieu de l'avoir mise en ce bas monde.

On put, à partir de ce jour, constater que Madame Bonnavent devenait une autre femme. On la vit moins sévère, plus affable, presque gaie. La ville fut unanime à reconnaître qu'elle gagnait beaucoup, au moral, au physique.