Graves, leurs yeux se cherchèrent.

Près des amants, un arbre se dressait, contre lequel ils s'appuyèrent; chacun reconnaissait si bien l'âme de l'autre, que leurs deux gratitudes se souriaient avec mélancolie.

Sachant qu'il ne fallait rien dire, et que leur double vie s'était achevée dans ce dernier soir, ils méditaient ensemble sur la navrante douceur de s'être donné là, natures épuisées et vieilles avant l'heure, le baiser du suprême amour.

Elle posa sa tête sur le bras qui tenait son épaule.

Devant eux, sous les fins brouillards de l'Ouest, le ciel était rose encore; mais à leur côté le fleuve reflétait, entre les sureaux et les saules, des pans de lumière azurée, glaciale.

Lorsqu'il la crut assoupie, il se détacha d'elle avec des soins très lents; ensuite, il ramena le manteau qu'elle avait laissé, tout à l'heure, glisser à ses pieds, et l'étendit sur les genoux de l'inconnue.

Alors en souvenir pour elle, il voulut cueillir, dans la tombée de la nuit, les suprêmes fleurs de septembre.

Il cueillit les blanches aquilées et les rapontics roses; les calaminthes mettaient des taches de carmin dans l'or mourant des tanaisies, des trèfles et des caille-lait; comme des étoiles mauves sous un nuage, les chicorées et les asters d'automne s'éteignaient parmi le blond duvet des clématites viornes, et par-dessus, dans un effort de joie, les potentilles secouaient leurs grêles clochettes.

Puis, il descendit vers le fleuve, il cueillit encore le daucus, et la grappe noire des hyèbles; il rencontra une touffe d'agonisantes anémones, qu'un vent de hasard avait semées là, et reconnut son bonheur d'un instant dans ces fleurs qui naissent lorsque tombent les fruits…

Il remonta la berge, et s'en revint vers Elle.