Mais lorsqu'il fut au pied de l'arbre qui tantôt les avait abrités, il ne la vit plus.
Il ne vit, au pied de l'arbre, que l'herbe foulée, et c'était triste… C'était comme le péristyle d'une maison mortuaire, lorsque le cercueil est parti; des voiles d'ombre en deuil pendaient entre les troncs d'arbres, et des niches pleines de nuit s'approfondissaient sous les branches.
Il appuya sa main sur leur couche récente, pour en retrouver la tiédeur; mais l'herbe était déjà froide de rosée.
Il voulut appeler: il n'osa point, à cause du silence.
Au pied de l'arbre, comme sur une tombe, il déposa son bouquet d'automne.
En se redressant, il regarda au loin: il vit les collines bleues et frileuses, au bord desquelles le couchant exhalait son dernier râle de lumière.
L'HÉROINE
Le poète Pierre Dufaure résolut d'écrire un roman.
L'époque semblait propice à cette tentative: il n'avait point de maîtresse et son cerveau était libre. Ses premiers vers avaient reçu bon accueil dans le monde des lettres et dans la presse; sa jeune gloire s'annonçait; son esprit délicat, fin, subtil et souple, paraissait devoir s'adapter à des genres divers; son imagination vive et nette évoquait des visions précises, et son œil, qui savait découvrir le rapport des effets et des causes, lisait clair dans l'âme des hommes. Bien qu'il s'enthousiasmât volontiers, on le trompait malaisément. Il était mondain et regardait la vie: il prenait plaisir à la comprendre, et surveillait les manèges de l'amour ou de l'ambition avec un plaisir d'entomologiste qui attrape des notes au vol, et les pique.
Néanmoins, il restait, par-dessus tout et malgré lui, poète: à cause de cela sans doute, il désira prouver qu'il était autre chose, pour affirmer l'empire de son esprit sur son instinct; et cette visée, un peu inconséquente au fond, ne laissait point cependant d'être noble, puisqu'elle tendait à la glorification de la volonté, fruit de l'effort, plus honorable dans l'homme que le génie lui-même, fruit de nature.