Cependant je respirais avec difficulté. Je ne savais pas que l'air se raréfie dans les hauteurs. Je me crus malade, et aussitôt je regrettai d'avoir encombré mon père de ma présence. Je n'osais l'occuper de moi, l'appeler à mon aide. Je le vis debout, arrêté, la main gauche à plat sur sa poitrine.
—Père! Tu as mal?
—Oui, c'est le cœur.
Moi aussi, je commençais à souffrir. Mes tempes battaient. Le dos me faisait mal. Ayant passé la main sur ma bouche, je constatai avec épouvante qu'elle était pleine de sang.
—Père!
Il ne répondit pas. Affairé, il appuyait sur des manivelles, et ses gestes étaient hâtifs, fiévreux. Il se leva pour saisir un filin: au dernier rayon du soleil, je vis son front très pâle, et deux taches de sang sur le coin de sa bouche.
—Père!
Il ne répondit pas. Il tirait sur la corde, de toutes ses forces, et respirait bruyamment. Je tendis les bras vers lui, et je voulus me rapprocher de lui. Était-ce pour l'aider ou pour implorer son secours? Je ne sais pas. Je ne me souviens plus de rien: une torpeur m'avait pris. Je crois que je tombai en avant.
Un bambin de neuf ans n'a pas la résistance d'un homme. Sans doute, je suis resté longtemps évanoui…
Quand je revins à moi, il faisait nuit. Un balancement doux me berçait dans l'obscurité. J'eus d'abord quelque peine à comprendre où je me trouvais. Dans les ténèbres bleues, l'enveloppe de notre ballon, illuminée d'un côté, dessinait, au-dessus de ma tête, un énorme croissant de lune, horizontalement couché.