--Au contraire, quand Françoise apparaît, il me semble que le soleil s'installe dans ma chambre, et je suis content pour une semaine. Elle me regarde de ses grands yeux clairs, et j'ai envie de rire, de chanter, d'accomplir des choses absurdes; il me semble que j'ai vingt ans! Et, cependant, je n'ai jamais rencontré dans ma jeunesse un être comme elle...
--On n'en faisait peut-être pas, dit l'idiot.
--Tu as raison, mon sage Florentin, on fait bien rarement une Françoise. Est-ce que tu l'aimes, toi?
Florentin sembla réfléchir, il baissa la tête, et je vis sur son visage une angoisse comme celle qui passe à travers la nature, quand commence à souffler un grand vent d'orage.
--Françoise, répéta-t-il, je crois... je crois que je la connais.
Et, soudain, tout son visage se détendit, une expression heureuse anima une seconde ses traits inertes, et il cria:
--Oh! la fenêtre qui s'ouvre!
--Viens, dit M. Bouldouyr, en se levant. Il faut rentrer. Tu y vois mieux que nous autres, au fond, pauvre enfant!
Le vieux poète et son étrange compagnon s'en allèrent lentement. Je ne pouvais douter que cette Françoise fût la jeune fille aux yeux verts que j'avais rencontrée déjà. Mais que faisait-elle dans cette étrange société et quel lien pouvait-il y avoir entre elle et M. Valère Bouldouyr, fonctionnaire en retraite, poète et auteur oublié de deux plaquettes de vers symbolistes?