Et il jeta un regard apitoyé sur sa petite veste râpée, sur sa cravate noire roulée en corde.

Cette allusion à sa misère rembrunit le bon Bouldouyr.

--Ah! dit-il, en hochant la tête, ce monde est mal fait, mal fait! Les meilleurs de nous n'ont que leurs rêves. Nous sommes comme des oiseaux-lyres, comme des paradisiers qui se débattraient sous un filet en regardant l'espace, tandis que les oies, les pintades, les corbeaux, en pleine liberté, nous nargueraient en se dandinant autour de nous.

Les images de Valère Bouldouyr n'étaient pas très supérieures à sa poésie, et il le savait bien. Il me regarda d'un oeil suppliant: il espérait toujours que je ne m'en apercevrais pas. Je l'approuvai d'un sourire sans réticence, et son visage s'illumina:

--Ne vous plaignez pas, Bouldouyr, lui dis-je, vous laissez derrière vous quelques belles plumes!

Il savait aussi que ce n'était pas vrai, mais il s'épanouit tout de même. Il n'avait pas tendu en vain de beaux damas dorés les tristes murs de son pauvre escalier. Et puis sait-on jamais quelle coquille égarée sur la grève le grand océan de la gloire va soulever, puis remporter?

--Pourquoi, oncle Valère, dites-vous qu'il n'y a que des rêves? Il me semble que je vois, moi, surtout des réalités fit la petite Blanche Soudaine, qui, avec son oeil malicieux, son bonnet rouge et ses culottes courtes, faisait le plus drôle de petit pêcheur napolitain que l'on pût imaginer.

Et elle ajouta en reniflant:

--Dame! et j'en vois de toutes les couleurs, des réalités, moi sur le pavé de Paris!

Florentin Muzat sembla sortir de la distraction perpétuelle; il agita ses vastes manches blanches de Pierrot, et il murmura: