Elle était rouge comme une pomme d'api. Sous son fichu de laine son sein battait. Décidément, le capitaine lui faisait perdre l'aplomb.
—Ah! vous vous mariez?... dit Bonaparte, froidement, eh bien! tant mieux pour vous, ma fille... je vous souhaite bien du bonheur!... Et vous épousez un brave garçon, je suppose, quelque garçon blanchisseur?...
—Non, capitaine! répliqua vivement Catherine froissée, un soldat... un sergent!...
—Ah! très bien! vous avez raison d'épouser un militaire, mademoiselle... reprit Bonaparte d'un ton plus aimable; être soldat, c'est être deux fois Français... je vous souhaite bonne chance!...
Bonaparte allait se remettre à son travail, s'intéressant médiocrement aux amours de sa blanchisseuse; cependant il ne put s'empêcher de sourire à l'aspect égayant du corsage solide de Catherine, de la belle santé rayonnante de ses joues et de tout son aspect gaillard et engageant, contrastant avec la mine confite et l'air sainte-nitouche qu'elle prenait, pour lui apporter son linge.
Il eut toujours du goût pour les femmes bien en chair; le maigre et famélique officier comme le premier consul nerveux, comme l'empereur bedonnant, se plurent au contact de formes rebondies...
La beauté robuste de Catherine l'arracha un instant à ses préoccupations stratégiques...
Avec la galanterie, un peu brutale, qui lui était déjà habituelle, il s'avança vivement vers la jeune blanchisseuse et porta une main hardie sur sa gorge...
Catherine poussa un léger cri.
Le futur vainqueur d'Arcole n'était pas pour hésiter. L'attaque commença...