—Cela s'est déjà vu! Et, pensant à Renée, s'enrôlant pour rejoindre Marcel, il murmura: Ah çà! l'armée, à présent, va donc n'avoir que des ménages!... Alors, vous allez apprendre la charge en douze temps, et peut-être la manœuvre du canon?... reprit-il d'un ton railleur.

—Je sais manier un fusil, capitaine, et quant au canon, j'aurais bien pris des leçons avec vous... mais mon homme est dans l'infanterie, fit-elle en riant. Non, je ne ferai pas le coup de feu... à moins d'y être forcée... mais il y a besoin de cantinières dans les bataillons... Je vais verser la goutte aux camarades de mon homme!... et j'espère avoir votre pratique, capitaine, si vous servez de notre côté...

—Je m'inscrirai à votre cantine... mais pas pour le moment!... le ministre ne me permet ni de me battre... ni de...

Il allait dire: ni de manger. Il se retint et finit simplement sa phrase ainsi:

—Ni de dépenser de l'argent à la cantine... Ce sera pour plus tard!... pour beaucoup plus tard, mon enfant!... ajouta-t-il avec un soupir.

Et il retourna à sa table, en proie à de tristes pensées. Catherine lentement, sans mot dire, le cœur un peu serré par la mélancolie de ce jeune officier dont elle constatait le dénûment, rangea rapidement sur le lit le linge qu'elle avait apporté, ainsi que le lui avait indiqué son client.

Puis, faisant une révérence, elle alla vers la porte, l'ouvrit et dit, comme se ravisant:

—Ah! j'avais roussi par mégarde une de vos chemises, je vous en ai remis une autre... elle est là, avec les caleçons et les mouchoirs... Au revoir, capitaine!...

—Au revoir!... à votre cantine, ma belle enfant!... répondit Bonaparte, qui se replongea aussitôt dans son étude.

En descendant l'escalier de l'hôtel de Metz, Catherine murmurait: