[I]
EN CHAISE DE POSTE

—Allons, ils ne s'arrêteront pas... Voyez comme le postillon a fait claquer son fouet en passant devant l'Ecu... Il semblait nous narguer!

—Les voyageurs ne sont pas si nombreux au jour d'aujourd'hui...

—On ne les voit déjà plus!... Ce sera pour le Lion-d'Or...

—Ou pour le Cheval-Blanc...

Un double soupir ponctuait ces paroles, mélancoliquement échangées entre le ventripotent patron de l'hôtel de l'Ecu et sa fluette épouse sur le seuil de la principale auberge de Dammartin.

Les voyageurs en chaise de poste étaient rares, depuis les événements qui avaient suivi le 20 juin.

La voiture qui avait disparu, aux yeux désappointés des hôteliers de l'Ecu, avait quitté Paris la veille au soir. Elle était vraisemblablement la dernière qui eût franchi les barrières, car l'ordre d'empêcher qui que ce fût de sortir de Paris avait été notifié dans la soirée, lorsque fut prise la résolution d'attaquer les Tuileries, au matin.

Informé par des amis de ce qui s'était agité dans les sections, du mouvement qui se préparait, le baron de Lowendaal avait ajourné son mariage avec la fille du marquis de Laveline et s'était hâté de faire ses préparatifs de départ.

Fermier général, il redoutait le contrôle prochain des vrais mandataires de la nation. Le baron de Lowendaal avait du flair.