Peut-être dans cette lettre remise à ses soins se trouvait-il quelque grave révélation dont il lui serait facile de tirer profit par la suite... Hardiment, mais avec certaines précautions, de façon à pouvoir rendre à l'étrange missive son aspect primitif, il rompit le cachet en se servant de la lame de son couteau, préalablement chauffée à la flamme de la lanterne.

Il lut, et son visage exprima la profonde surprise où le plongeait le secret qu'il venait d'apprendre.

Voici ce que contenait la lettre de Blanche:

«Monsieur le baron,

«Je vous dois un aveu pénible, qu'il me faut faire pour ne pas entretenir plus longtemps une illusion sur mon compte, que les événements ne tarderaient pas à dissiper cruellement.

»Vous m'avez témoigné de l'affection, et vous avez obtenu de mon père un consentement à un mariage où vous pensiez trouver le bonheur, peut-être l'amour...

»Le bonheur est impossible pour vous dans une pareille union: l'amour, je ne saurais vous le promettre, mon cœur appartient à un autre... Excusez-moi de ne pas vous nommer celui qui a toute mon âme, et dont je me considère comme la femme devant Dieu!...

»Il me reste un dernier aveu à vous faire: je suis mère, monsieur le baron, et la mort seule pourra me détacher de mon époux, du père de mon petit Henriot.

»Je suivrai M. de Laveline à Jemmapes, puisque telle est sa volonté, mais j'ose espérer, qu'informé de l'obstacle absolu qui s'oppose à la réalisation de vos projets, vous aurez pitié de moi et que vous m'épargnerez la honte de révéler à mon père la véritable cause qui rend impossible cette union.

»Je me fie, monsieur, à votre discrétion de galant homme. Brûlez cette lettre et croyez à ma reconnaissance et à mon amitié.