A l'hôtel de la Poste, on fit relais.
Tandis que l'hôte et ses gens s'empressaient, offrant au baron un lit, lui proposant de déjeuner, énumérant des rafraîchissements variés, et qu'ils tournaient autour de lui d'un air inquiet, afin d'avoir des nouvelles de la capitale, l'homme de confiance, Léonard, s'éloigna un moment, sous le prétexte de s'assurer que nul citoyen trop curieux ne rôdait aux alentours.
Depuis la fuite manquée du roi à Varennes, non seulement les municipalités étaient plus défiantes, mais aussi beaucoup de particuliers ambitionnaient la gloire du citoyen Drouet, qui avait eu l'honneur d'arrêter Louis XVI. Ces surveillants volontaires examinaient et fouillaient toute voiture suspecte. Une chaise de poste était particulièrement désignée à la vigilance des patriotes.
Heureusement pour le baron, le patriotisme local n'était pas encore levé quand la chaise de poste fit son entrée tapageuse dans la bonne ville de Crépy-en-Valois.
Tandis que le voyageur s'attablait devant un appétissant bol de chocolat, apporté bouillant par une servante plantureuse, dont il tapota les joues rougeaudes, car c'était un terrible lutineur de tendrons que notre financier, Léonard s'était enfermé dans l'écurie.
Là, profitant de la lueur d'une lanterne, il se mit en mesure de lire la lettre que lui avait confiée mademoiselle de Laveline, au moment du départ.
Blanche lui avait bien recommandé, en ajoutant à sa prière deux doubles louis, de ne remettre cette missive, fort importante, que lorsque le baron serait sorti de Paris.
Léonard, flairant un mystère dont la découverte pouvait être profitable, résolut de prendre connaissance d'abord de ce message si sérieux.
Les secrets des maîtres, c'est parfois la fortune des domestiques...
Il avait remarqué combien ce mariage, que souhaitait vivement le baron, semblait pénible à mademoiselle de Laveline!