Catherine et Lefebvre, qui en étaient déjà aux petites privautés galantes, burent, à la dérobée, dans le même verre.

Lefebvre voulut s'enhardir et prendre un baiser...

Catherine se regimba.

—Pas de ça, pays! dit-elle... je veux bien rire tant qu'on voudra, mais pas plus!

—De la vertu chez une blanchisseuse, vous ne vous attendiez pas à cela, milicien? dit Fouché... Ah! c'est qu'elle n'est pas commode tous les jours, mademoiselle Sans-Gêne!...

—Dites donc, citoyen Fouché, reprit vivement Catherine, vous me connaissez, puisque c'est moi qui ai votre linge... depuis trois mois que vous êtes débarqué de Nantes... est-ce qu'il y a quelque chose à dire sur mon compte?...

—Non!... rien... absolument rien!

—Je consens comme cela à plaisanter... à danser une fricassée comme tout à l'heure... à trinquer même avec de bons enfants comme vous paraissez l'être, mais personne, entendez-vous, ne peut se vanter, dans le quartier ou ailleurs, d'avoir dépassé le seuil de ma chambre... ma boutique, par exemple, est ouverte à tout le monde!... quant à ma chambre, une seule personne en aura la clef...

—Et quel sera l'heureux coquin? dit Lefebvre en frisant sa moustache.

—Mon mari!... répondit fièrement Catherine, et, choquant son verre au verre de Lefebvre, elle ajouta en riant:—Vous voilà averti, pays, qu'est-ce que vous en dites?...