—Ah! je comprends!... vos camarades?... Eh bien! invitez-les... voulez-vous que je les appelle?...
Et sans attendre la permission, se levant, montant sur le banc de bois peint en vert qui tenait à la table, Catherine, arrondissant ses mains en porte-voix, héla le groupe des trois gardes qui, à distance, regardaient avec de la raillerie dans les yeux le manège du couple:
—Ohé! les gas! venez donc par ici!... On ne vous mangera pas!... et de voir boire les autres, ça donne la pépie!...
Les trois gardes ne firent aucune difficulté de répondre à l'invitation familière.
—Tu ne viens pas, Bernadotte? demanda l'un des gardes au sergent, qui restait en arrière.
—Je cause avec le citoyen... répondit d'un ton de mauvaise humeur Bernadotte, jaloux de tout avantage d'un camarade et qui, dépité du succès remporté par Lefebvre auprès de la belle blanchisseuse, voulait se tenir à l'écart en affectant de s'entretenir avec le jeune homme à longue lévite et à oreilles de chien.
—Oh! le citoyen n'est pas de trop, cria Catherine... je le connais... il me connaît bien aussi, pas vrai, citoyen Fouché?
Le jeune homme ainsi interpellé s'avança vers la table où déjà Lefebvre avait commandé du vin chaud avec des échaudés, et dit en saluant:
—Puisque mademoiselle Catherine le veut bien... nous allons prendre place... j'adore me trouver avec les vaillants défenseurs de la cité!...
Les quatre gardes et le civil qu'on avait nommé Fouché s'assirent, et les verres ayant été remplis, on trinqua.