Tous deux cheminaient pensifs dans la poussière de la route.

Lefebvre, regardant avec plus d'attention, dit tout à coup:

—Mais je ne me trompe pas! on dirait le capitaine Bonaparte...

—Qui ça, Bonaparte? demanda Hoche.

—Un bon républicain... un excellent artilleur et un chaud jacobin, celui-là! répondit Lefebvre... il est Corse, il paraîtrait qu'on lui a retiré son grade, pour ses opinions là-bas... c'est tous des aristocrates menés par les prêtres, dans cette île!... mais je vais appeler ma femme, elle le connaît plus que moi...

Il héla Catherine, qui accourut toute surprise:

—Quoi qu'il y a, mon homme? dit-elle en campant ses deux poings sur ses fortes hanches, attitude favorite que tous les maîtres à danser, Despréaux en tête, eurent bien de la peine à lui faire perdre, lorsqu'elle fut maréchale et duchesse.

—Est-ce que ce n'est pas le capitaine Bonaparte, qui passe là-bas sur la route, avec cette jeune demoiselle?... demanda Lefebvre.

—Parbleu! oui... je le reconnaîtrais entre dix mille... c'est pas parce qu'il me doit de l'argent... mais il me va, moi, le capitaine Bonaparte!... qu'est-ce qu'il peut bien faire à Versailles, avec une jeunesse?... Dis donc, Lefebvre, une idée?...

—Parle, ma bonne Catherine...