—Alors, lui demanda Hoche avec intérêt, vous rejoignez votre régiment bientôt?

—Le ministre de la guerre, Servan, m'a replacé au 4e d'artillerie, avec mon grade de capitaine, répondit Bonaparte, mais je vais en Corse accompagner ma sœur. Là, je suis autorisé à reprendre le commandement de mon bataillon de volontaires.

—Bonne chance, camarade! dit Hoche. On se battra peut-être aussi de ce côté-là?

—On se battra partout!

—C'est dommage qu'on ne puisse pas se faire tuer en deux endroits à la fois! dit alors, avec enthousiasme, Catherine, à qui la langue démangeait furieusement.

—Ah! si les circonstances me favorisent, mes amis, s'écria Bonaparte avec conviction, je vous en fournirai, moi, des occasions de périr avec honneur ou de glaner grades, titres, gloire, dignités, richesses, dans le sillon de la victoire!... Mais, excusez-nous, ma sœur et moi... il se fait tard et nous devons nous rendre à pied jusqu'à Sèvres...

—Et nous, avant de nous mettre en chemin pour délivrer Verdun que les Prussiens menacent, il nous faut regagner Paris, en emmenant ce futur hussard-là! dit gaiement Catherine, montrant le petit Henriot, tout harnaché, prêt à partir. L'enfant regardait avec impatience tous ces gens qui bavardaient et s'éternisaient, sans paraître se décider à se mettre en route.

—On se retrouvera peut-être, capitaine Bonaparte! dit Hoche, serrant la main de son collègue.

—Sur le chemin de la gloire! fit Lefebvre.

—Pour y arriver, ajouta Bonaparte en souriant, il faut commencer par prendre la galiote au pont de Sèvres!... Allons, venez, mademoiselle de Saint-Louis! fit-il en montrant l'horizon à sa sœur.