—Je ne voudrais pas d'un homme qui ne soit pas dévoué au roi... non! jamais je n'épouserai un républicain!...

—Tu es donc royaliste?

—Tout le monde l'était à Saint-Cyr...

—Voilà qui justifie le décret de licenciement! dit en riant Bonaparte... Voyez-vous ces demoiselles de Saint-Louis... quelles aristocrates! Il faudra peut-être qu'on rétablisse toute une noblesse pour leur trouver des maris!...

—Et pourquoi pas? répondit l'orgueilleuse Elisa.

Bonaparte fronça le sourcil et ne releva pas le propos ambitieux de sa sœur.

La réponse d'Elisa ne le choquait pas, mais il était inquiet de ses visées trop hautes.

—Avec cela, pensait-il, que toute élève de Saint-Louis qu'elle soit, il sera facile de lui donner un mari! Ces petites filles ne doutent de rien, ma parole!... Sans dot, des frères sans position... et ça veut encore faire les difficiles!...

Toujours hanté par le spectre familial, se représentant la vision lamentable de sa mère Letizia entourée de sa nombreuse nichée, devant un âtre toujours éteint et un buffet souvent vide, il s'effrayait de la responsabilité qu'il prenait, en se déclarant chef de la famille.

L'avenir de ses trois sœurs surtout le tourmentait, l'obsédait.