Il était impatient de les voir établies et leur cherchait partout des maris.
Il avait rencontré ce jour-là Hoche; il n'eût pas été fâché qu'il plût à la jeune pensionnaire de Saint-Cyr. Hoche n'était que capitaine, mais on pouvait prévoir qu'il ne s'arrêterait pas là.
Il murmura, avec irritation, méditant le refus de sa sœur:
—Ce sont les hommes qui ne devraient pas se marier capitaines, mais les filles sans le sou, qu'ont-elles à risquer?...
Puis il reprit, comme répondant à un secret calcul, qu'il faisait dans son âme:
—Les capitaines ont raison de se marier, s'ils trouvent une femme agréable, riche, influente, pouvant leur créer des relations, leur donner une situation, un rang dans le monde... mais alors ce n'est pas à des jeunes filles qu'ils doivent s'adresser!...
Considérant le mariage comme une façon de sortir les siens de leur détresse sans cesse plus grande, il n'était pas loin de chercher lui-même dans une union, fût-elle disproportionnée, un refuge contre la misère, un instrument de fortune, un marchepied pour s'élever au-dessus de ce misérable grade de capitaine, qu'il venait, non sans difficulté, de reconquérir.
[IV]
PREMIÈRE DÉFAITE DE BONAPARTE
Le lendemain, après avoir touché le montant de l'indemnité de route allouée à la demoiselle de Saint-Cyr, pour son retour dans sa famille, Bonaparte se rendit, avec Elisa, chez madame Permon.
Il voulait lui présenter sa sœur, avant son départ pour la Corse.