—J'en connais un, dit Bernadotte... il s'appelle Andoche Junot... c'est un bourguignon... je l'ai rencontré volontaire au bataillon de la Côte-d'Or...
—Le second, c'est un aristocrate... dit Lefebvre, il se nomme Pierre de Marmont... c'est un bourguignon aussi, il est de Châtillon...
—Et le troisième?... demanda Fouché, ce jeune homme si maigre, au teint olivâtre, qui a des yeux enfoncés... il me semble l'avoir déjà vu!... mais où ça?...
—Dans ma boutique sans doute, dit Catherine, rougissant un peu... c'est un officier d'artillerie... démissionnaire... il attend une place... il logeait, près de chez moi, à l'Hôtel des Patriotes, rue Royale-Saint-Roch...
—Un Corse? demanda Fouché... ils logent tous à cet hôtel... il a un drôle de nom, votre client... attendez donc... Berna... Buna, Bina... ça n'est pas cela! fit-il, cherchant le nom qui lui échappait.
—Bonaparte! dit Catherine.
—Oui, c'est cela... Bonaparte... Timoléon, je crois?
—Napoléon! reprit Catherine... c'est un garçon savant et qui en impose à tous ceux qui le voient!...
—Il a un fichu nom ce Timolé... ce Napoléon Bonaparte... et une triste mine! Ah! si celui-là arrive jamais à quelque chose!... Un nom pareil, ça ne se retient pas! grommela Fouché, et il ajouta:—Attention! le sorcier leur parle... qu'est-ce qu'il peut bien leur prédire?...
Les quatre jeunes gens se turent, tendant l'oreille, et Catherine, devenue sérieuse, impressionnée par le voisinage du magicien, murmura à l'oreille de Lefebvre: