—Je voudrais qu'il prédise bien du bonheur à Bonaparte... il a tant de mérite ce jeune homme-là! il soutient ses quatre frères et ses sœurs... et il est loin d'être riche... aussi, voyez-vous, je n'ai jamais pu lui présenter sa note... il m'en doit pourtant des blanchissages! ajouta-t-elle avec un soupir de commerçante un peu alarmée.
Fortunatus cependant, balançant son chapeau pointu, lisait avec gravité dans la main que lui tendait le jeune homme que Bernadotte avait appelé Junot:
—Toi! lui dit-il d'une voix caverneuse, ta carrière sera belle et bien remplie... tu seras l'ami d'un grand homme... tu l'accompagneras dans sa gloire... sur ta tête se posera une couronne ducale... tu triompheras dans le Midi...
—Bravo! je suis actuellement en demi-solde... tu es consolant, l'ami! Mais, dis-moi, après tant de bonheur, comment mourrai-je?
—Fou! dit d'un ton lugubre le sorcier.
—Diable! le commencement de ta prophétie vaut mieux que la fin, fit en riant le second, celui que Bernadotte avait désigné sous le nom de Marmont... et moi, me prédis-tu la folie?
—Non! tu vivras pour le malheur de ton pays et pour ta honte... après une existence de gloire et d'honneur, tu abandonneras ton maître, tu trahiras ta patrie et ton nom deviendra synonyme de celui de Judas!...
—Tu ne me favorises guère en tes prédictions, dit Marmont en ricanant... et que vas-tu annoncer à notre camarade?...
Et il désignait le jeune officier d'artillerie, à qui Catherine portait de l'intérêt.
Mais celui-ci, retirant vivement sa main, dit d'un ton brusque: