—Cette excellente personne traversait, avec le bataillon, le village de Jouy-en-Argonne... le commandant de Beaurepaire la fit appeler et la pria de se rendre dans une maison du village, où elle trouverait un enfant qu'il lui désigna... le commandant lui indiqua en outre cette demeure... ici, elle devait me remettre l'enfant et me prévenir de l'arrivée des volontaires, de la présence d'un protecteur pour la malheureuse mère abandonnée... Voilà comment votre fille se trouve ici, monsieur!...
—Alors, balbutia Lowendaal, le commandant de Beaurepaire sait...
—Tout! dit avec fermeté Herminie... Oh! ce fut une douloureuse confession, allez! Mais je n'avais plus d'espoir qu'en mon frère... je ne savais comment il accueillerait la triste confidence que je lui faisais, un jour de découragement, où, lasse de tout, je voulais mourir.
—Et votre frère s'est montré clément?... dit le baron essayant de paraître indifférent et calme, ainsi qu'au commencement de l'entretien.
—Mon frère a pardonné... il s'est hâté de venir me secourir, me délivrer... Les volontaires de Mayenne-et-Loire, entraînés par lui, ont traversé la France en courant...
—Ah! nom de nom! quelles étapes, mes enfants! dit Catherine... Nous montrions tous grand désir d'arriver à temps pour secourir votre bonne ville de Verdun... mais le commandant Beaurepaire avait des ailes aux talons!...
Le son du tambour s'était rapproché. La ville semblait en fête. Des cris de joie, plus nourris, s'élevaient du côté de la Meuse.
—Il faut que je me retire, dit le baron... on m'attend à l'hôtel de ville!...
—Et moi j'ai besoin d'embrasser mon homme! fit Catherine. Allons! toi, marche, jeune conscrit!... ajouta-t-elle en empoignant le petit Henriot.
L'enfant résista. Il avait gardé dans sa main la jupe de la petite fille, et semblait vouloir rester auprès d'elle.