Il eut alors cet espoir que peut-être le baron, à son insu, lui ferait connaître la retraite de Blanche...
Il fallait donc se montrer impassible, attendre, chercher...
Un murmure assez vif avait suivi les paroles de Lowendaal.
—De quoi se mêlait-il, ce fermier général? se disaient les bourgeois chuchotant entre eux. Est-ce qu'il a des maisons, des ateliers, des marchandises dans la cité? Est-ce lui qui supportera les dégâts des propriétés? Puisqu'on sait qu'il est impossible de résister, le commandant du génie l'a reconnu, à quoi bon faire massacrer du monde et pour quelle raison exposer les immeubles au feu de l'artillerie?
—Notre population est sage et redoute les horreurs d'un siège, dit le président, la proposition de M. le marquis de Lowendaal n'aurait pour elle que la canaille... encore, presque tous ces braillards qui ne possèdent rien, ont-ils déjà quitté la ville... ils se sont réfugiés du côté de Thionville... ils ont retrouvé là un pas grand'chose de leur espèce, un certain Billaud-Varennes qui va les envoyer au feu... Espérons qu'on ne les reverra jamais à Verdun... Messieurs, êtes-vous d'avis de les imiter ici?... Voulez-vous être mitraillés?
—Non! non! pas de bombardement! Signons tout de suite! crièrent vingt voix.
Et les plus empressés, saisissant des plumes, entourèrent le président, le pressant de leur laisser apposer leur signature sur le projet de capitulation, rédigé à l'avance, dès l'annonce de l'arrivée de l'envoyé autrichien.
Neipperg observait en silence cette réunion qui, d'abord paisible, menaçait de devenir batailleuse.
Le baron de Lowendaal avait repris sa place, à l'écart:
—Mettons que je n'ai rien dit, avait-il murmuré, dépité.