—Si les camarades prennent tout, que me restera-t-il à moi? demanda Lefebvre.
—Toi, dit Fortunatus, tu épouseras celle que tu aimeras, tu commanderas une formidable armée et ton nom signifiera toujours bravoure et loyauté!...
—Et moi, citoyen sorcier, hasarda Catherine, intimidée, pour la première fois de sa vie peut-être...
—Vous, mademoiselle, vous serez la femme de celui que vous aimerez... et vous deviendrez duchesse!...
—Il faudra donc que je devienne duc alors! général ne me suffirait pas? dit gaiement Lefebvre... Eh! sorcier, achève ta prédiction... dis-moi que j'épouserai Catherine et qu'ensemble nous serons duc et duchesse...
Mais Fortunatus, à pas lents, s'en allait parmi les rires des jeunes gens et les regards attentifs des femmes.
—Vraiment! dit Fouché, ce magicien est peu inventif... il vous prédit à tous les plus hautes destinées... à moi il ne m'a rien dit... Je ne serai donc jamais un personnage?...
—Vous avez déjà été curé, dit Catherine, que voulez-vous donc devenir?...
—J'ai été simplement oratorien, ma chère... à présent je suis patriote, ennemi des tyrans... Ce que je voudrais être? oh! c'est bien simple: ministre de la police!...
—Vous le serez peut-être... vous êtes si malin, au courant de tout ce qui se passe, de tout ce qui se dit, citoyen Fouché! riposta Catherine.