—Oui, je serai ministre de la police, quand vous serez duchesse! fit-il avec un sourire étrange qui illumina un instant sa physionomie triste et adoucit son profil de fouine.

Le bal était fini. Les quatre jeunes gens se levèrent en riant aux éclats et s'éloignèrent en se moquant bien fort du sorcier et de sa sorcellerie.

Catherine donnait le bras à Lefebvre, qui avait obtenu la permission de la reconduire jusqu'à la porte de sa boutique.

Devant eux marchaient leurs trois voisins de table. Napoléon Bonaparte, un peu à l'écart de ses deux amis, Junot et Marmont, devisant insoucieusement, allait grave et raide; par instants il levait les yeux au plafond bleu du ciel, semblant y suivre cette étoile dont il avait parlé, visible pour lui seul.

[III]
LA DERNIÈRE NUIT DE LA ROYAUTÉ

Le 10 août était un vendredi.

La nuit du 9 au 10 fut douce, étoilée, sereine. Jusqu'à minuit, la lune répandit sa clarté rafraîchissante sur la ville, en apparence calme, paisible, endormie.

Paris, cependant, depuis une quinzaine ne dormait plus que d'un œil, la main sur ses armes, prêt à se dresser au premier appel.

Depuis la soirée où Lefebvre avait fait la rencontre de Catherine la blanchisseuse, au Waux-Hall, la cité était devenue fournaise.

La Révolution bouillait dans cette cuve géante.