La composition de cette armée disparate la faisait ressembler à une troupe de bohémiens révoltés. Les âges étaient mêlés. De vieux hobereaux, cassés, voûtés, traînant la jambe, s'avançaient à côté de jouvenceaux étiolés. Des familles entières, depuis le grand-père jusqu'au petit-fils, se trouvaient côte à côte sur les rangs. C'était touchant et grotesque.

L'armée des princes était d'ailleurs dépourvue d'artillerie et, malgré le courage individuel dont firent preuve la plupart de ces soldats improvisés, leur appoint à la cause royale ne fut jamais qu'une quantité négligeable. Les Prussiens et les Autrichiens ne se firent pas faute de le faire sentir à plus d'une reprise à ces gentilshommes encombrants et inutiles.

Le baron de Lowendaal écoutait, avec son sourire railleur, les confidences, les vantardises et les récriminations des volontaires.

Comme il venait de Paris, on l'accablait de questions sur l'état de la capitale et les prévisions favorables au retour triomphal du roi.

Le baron leur répondait évasivement, disant qu'à son avis tout pouvait encore s'arranger, qu'il fallait cependant compter avec la surexcitation des foules et l'ardeur avec laquelle on courait s'enrôler, depuis que la patrie avait été déclarée en danger.

Les jeunes gentilshommes écoutaient avec des ricanements hautains les réponses pourtant fort mesurées du baron qui, de son côté, tout en s'informant de l'heure à laquelle le général en chef pourrait le recevoir, témoignait une certaine impatience de remplir sa mission.

Tout en racontant à son auditoire irritable ce qu'il savait des préparatifs de résistance de la nation tout entière debout, prête à mourir, le baron, du coin de l'œil, par-dessus la flamme rouge du bivouac, guettait un coin sombre, par delà les remparts de Verdun, du côté de la porte Saint-Victor.

Il semblait attendre d'un instant à l'autre un signal qui ne se produisait pas...

Par moments il tirait sa montre, la consultait et, avec anxiété, n'écoutant plus que distraitement le verbiage des gentilshommes, regardait le coin du ciel toujours noir au-dessus de la ville...

—Que fait donc ce faquin de Léonard? murmurait-il. M'aurait-il trahi!... aurait-il manqué de courage au bon moment... Oh! je me vengerai terriblement... je l'envoie aux galères comme je l'ai dit, s'il m'a trompé!...