Et le baron, ne faisant même plus mine de prêter l'oreille aux propos des volontaires, feignant de céder au sommeil, fermait les yeux et s'apprêtait à se rouler dans son manteau, le long des cendres rougeâtres du bivouac, quand on vint l'avertir que le général Clerfayt l'attendait et qu'il le recevrait sur-le-champ dans sa tente.

Le baron se leva en rechignant et suivit le planton qui devait le guider, non sans jeter une dernière fois un regard chargé d'inquiétude vers les maisons de Verdun se dressant au-dessus du rempart, dans la ville haute. Plongées dans l'ombre et le repos, ces demeures paisibles semblaient indifférentes au bombardement qui continuait de l'autre côté de la ville, plus faible, plus ralenti, les Prussiens ne répondant que modérément au feu des assiégés, et ceux-ci, en prévision d'un siège qui pouvait, qui devait être long, ménageant les munitions.

Dans la tente du général en chef, le baron retrouva l'aide de camp qui s'était présenté à l'hôtel de ville.

Il fit une grimace en saluant toutefois poliment le comte de Neipperg.

Celui-ci lui rendit froidement son salut.

L'entrevue fut brève.

Le général autrichien s'informa des dispositions de la ville de Verdun.

Et comme le baron lui assurait qu'elles étaient excellentes, favorables à la reddition, le général répondit d'un geste muet, entr'ouvrant la toile de sa tente, comme pour montrer les flamboiements d'obus au-dessus des remparts...

Le baron regarda, suivant machinalement le geste du général.

Quelque maître qu'il fût de lui-même, il ne put s'empêcher de pousser une rapide exclamation où il y avait du triomphe et du soulagement.