—Mort!... qu'en savez-vous?... qui vous l'a appris?...

Le baron s'inclina, et, avec un sourire plus accentué que de coutume:

—Monseigneur, dit-il, me permettra d'attendre la confirmation officielle de la nouvelle dont je ne suis que le prévoyant messager... L'homme qui doit apporter la capitulation signée vous apprendra également la fin, pour moi certaine, du commandant de Beaurepaire...

—Bien, monsieur, nous attendrons! dit froidement Clerfayt en faisant signe au baron que l'entretien était terminé.

Tandis que Lowendaal se retirait, le comte de Neipperg disait au général autrichien:

—Comment cet homme louche, à figure d'espion, sous son masque débonnaire et souriant, sait-il que Beaurepaire n'est plus?... Il était vivant il y a deux heures, quand j'ai quitté Verdun... l'auraient-ils assassiné là-bas!...

Clerfayt regarda avec surprise son aide de camp:

—Nous faisons la guerre loyale et au grand jour, nous autres soldats, mon cher Neipperg... Mais ces marchands qui nous tendent les mains et nous ouvrent les portes de leurs villes sont capables de bien des lâchetés!... il y a des épluchures et des débris peu propres dans la cuisine de la victoire!... Les convives du festin ne doivent pas trop s'inquiéter de la façon dont on leur a préparé les plats... Autrement personne n'aurait d'appétit et personne ne mordrait à la gloire!... Achevons notre courrier, mon cher, car déjà le matin paraît et, si ce baron a dit vrai, nous aurons pas mal de choses à faire dans la journée: la ville à occuper, les postes à garnir, les autorités à changer et à surveiller, sans compter la revue que Leurs Majestés doivent passer au milieu des félicitations et des hommages des habitants! A la besogne, et faisons comme si ce Lowendaal n'avait pas dit vrai... Continuons à envoyer quelques messagers énergiques à ce Beaurepaire, qui m'a l'air en effet d'un rude adversaire!...

Et tandis que Neipperg s'asseyait devant la petite table du général, se disposant à écrire sous sa dictée, Clerfayt, soulevant la porte de sa tente, cria à l'un des officiers d'artillerie qui attendait auprès d'une batterie:

—Commandant, continuez le feu jusqu'à ce que, sur les remparts de Verdun, vous aperceviez hissé le drapeau parlementaire!...