Là, dans un petit lit, dormait du sommeil inaltérable de l'enfance le petit Henriot.

—Ça le berce, le canon! disait Catherine rassurée.

Elle se remettait à sa distribution, non sans grommeler quelques paroles énergiques à l'adresse des Prussiens.

Dès le commencement de la bataille, lorsque, les ennemis s'approchant déjà des portes de la ville, Beaurepaire avait surgi, se multipliant, courant aux batteries, déployant ses tirailleurs, faisant garnir de gabions et de fascines les ouvrages protégeant la porte de France, Catherine, dédaignant l'abri de sa cantine, avait grimpé sur les glacis.

Là, comme une furie de la guerre, harcelant les traînards, encourageant les braves, ramassant les premiers blessés, et, par moment, saisissant un fusil et le déchargeant sur les cavaliers autrichiens qui s'étaient hasardés jusque sous les embrasures des poternes, elle avait contribué énergiquement à enrayer la panique et à arrêter l'ennemi, surpris de cet accueil.

Beaurepaire l'avait aperçue et l'avait félicitée.

Puis, l'ennemi s'était retiré, ayant renoncé à surprendre une ville qui se trouvait ainsi sur ses gardes; Catherine était retournée à sa cantine où les clients abondaient.

Elle avait, dans l'intervalle du premier combat, entrevu Lefebvre qui, avec ses voltigeurs, garnissait les parapets et, des meurtrières, dirigeait un feu plongeant sur les éclaireurs autrichiens.

Toute rassurée et tout heureuse, car c'était pour elle le baptême du feu, elle avait repris ses fonctions de cantinière, dont elle s'acquittait avec bonne humeur, à la satisfaction générale.

Comme elle venait de verser la goutte à deux artilleurs, elle aperçut, un peu à l'écart, un civil qui les regardait boire: