—Oh! ne me refusez pas! ne me renvoyez pas! supplia le pauvre garçon, et il ajouta d'un ton très sincère, très ému aussi: Je vous aime tant, m'ame Lefebvre!... je n'aurais jamais osé vous le dire dans le jour... à la cantine... devant les camarades... Mais ici... où tout est noir, je suis hardi... je ne me reconnais plus.
Catherine, tout en écoutant La Violette, avait continué sa route.
Elle allait répondre, d'un ton à demi irrité, à demi ironique, à cet amoureux ridicule, quand deux coups de feu retentirent dans la nuit.
—Arrête-toi! cria Catherine à La Violette, qui s'était élancé en avant. Où vas-tu donc?... Prends garde! cria-t-elle plus fort.
La Violette courait toujours. Derrière son dos ballottait un objet rond... on eût dit une bosse mobile.
Catherine avait vu disparaître l'aide-cantinier dans une houblonnière, d'où les deux coups de feu étaient partis...
Craignant une embuscade, elle s'arrêta sur la bordure de la houblonnière...
Elle entendit comme un bruit sec de branches cassées, le tapage d'une lutte, un piétinement... puis, au loin, dans la plaine, elle aperçut la silhouette indécise d'un homme s'enfuyant vers les bois qui montaient jusqu'à Jemmapes.
—Il file du mauvais côté!... il va tomber dans les avant-postes autrichiens et se faire prendre, pensa-t-elle, supposant que c'était La Violette qui fuyait ainsi.
Et elle ajouta avec un soupir où il y avait un tantinet de regret: