—Elle ne viendra pas! pensait-elle douloureusement, et qui sait si je reverrai jamais mon enfant?...
Alors, épouvantée à l'idée d'être contrainte à ce mariage odieux qu'on préparait en ce moment même, désespérée de causer la ruine et peut-être la mort de son père par son refus, la pensée lui vint de s'enfuir...
Elle irait par les chemins, au hasard, droit devant elle...
La nuit était propice; le voisinage des deux armées favorable.
Au milieu de tous ces soldats elle pourrait se glisser, les routes étaient remplies de pauvres gens effrayés qui fuyaient devant les troupes. Une femme se sauvant passerait inaperçue, ou du moins insoupçonnée.
Elle gagnerait une ville quelconque, Bruxelles ou Lille, et de là se rendrait à Paris, à Versailles, à la recherche de Catherine et de son petit Henriot...
Des bijoux et un peu d'or lui restaient; elle écrirait à son père, une fois loin de ce château détesté, et le premier moment de colère passé, elle recevrait du marquis des ressources.
Son projet arrêté, elle se mit aussitôt en mesure de l'exécuter...
Elle prit un petit sac dans lequel elle jeta pêle-mêle ce qu'elle avait de plus précieux, puis elle s'enveloppa dans son manteau de voyage et, par précaution, prit une seconde cape, destinée à servir de couverture et de matelas dans les auberges incommodes où le hasard des routes lui ferait chercher un gîte...
Ayant soin de laisser la lumière allumée, bien en vue, elle ouvrit la porte avec précaution, descendit sur la pointe du pied, sondant les corridors, prêtant l'oreille, retenant sa respiration, s'arrêtant à chaque pas pour repartir, oppressée, anxieuse, vaillante quand même.