Il y avait donc, au fond du cœur de M. de Lowendaal, une espérance qu'il convenait de détruire. Pour cela, il fallait persister dans le refus, et sans rien dire à M. de Laveline des motifs qui la poussaient, Blanche répéta que jamais elle ne serait la femme du baron.

—Eh bien! fit M. de Laveline, emporté par la fureur et taxant de folie cette résistance, fille rebelle et perverse, je te contraindrai bien à obéir... tu seras mariée cette nuit, entends-tu, cette nuit, quand je devrais te traîner moi-même, les pieds attachés, jusqu'à l'autel!...

Puis il était sorti pour retrouver le baron, et lui dire de presser les préparatifs du mariage.

Blanche, restée seule, se mit à réfléchir. La résolution de Lowendaal ne tiendrait pas contre l'énergie dont elle s'armait. Elle devait résister encore, et jusqu'au bout refuser cette union qui lui faisait horreur.

Mais, pour cette lutte, il lui manquait l'allié le plus sûr: son enfant...

Pourquoi ne l'avait-elle pas auprès d'elle?

La présence de ce témoignage vivant de son amour pour un autre convaincrait le marquis et forcerait Lowendaal à renoncer à sa poursuite.

Elle se demandait avec une inquiétude croissante ce qui empêchait Catherine Lefebvre de tenir sa promesse...

La nuit était venue et elle ne pouvait plus parcourir du regard la campagne. Elle devait renoncer à l'espoir de découvrir au loin une femme, en marche vers le château, portant un enfant dans les bras.

Alors elle tomba dans une profonde mélancolie, songeant à ces armées qui, autour du château, comme un filet, déployaient leurs masses sombres. Elle se disait qu'au milieu de ces gens de guerre, Catherine avait dû craindre de se mettre en route; on l'avait peut-être forcée à retarder son voyage.