Le marquis, pour échapper au baron, fuyait-il la France? La cour autrichienne, dont il deviendrait le prisonnier, lui ferait son procès, vengeant ainsi l'honneur de la reine, archiduchesse de l'empire.

Demeurait-il en son pays? Dénoncé au gouvernement révolutionnaire, son rôle dans l'aventure du Collier le désignait inévitablement à l'échafaud.

Il se trouvait donc absolument à la discrétion du baron.

Comme le château même qui l'abritait, un peu forcément, le père de Blanche était pris entre deux feux.

Il résolut donc de tenter une dernière démarche auprès de sa fille.

Il trouva Blanche plus décidée que jamais à résister aux désirs du baron.

M. de Laveline, à bout d'arguments, finit par confesser le péril où il s'était placé. Le baron était maître de ses biens, de son honneur, de sa vie. Il fallait que Blanche le sauvât ou il n'aurait plus qu'à mourir. Voudrait-elle, en le poussant à un acte de désespoir, assumer le remords d'une sorte de parricide?

Blanche, émue, tremblante, en recevant cette confidence, ne put que balbutier des paroles sans suite.

Elle s'étonnait de l'étrange persistance du baron. N'avait-il donc ni pitié, ni dignité, celui qui voulait encore être son époux, bien que sachant qu'elle le détestait, qu'elle en aimait un autre et qu'un enfant était né de son amour?

Persuadée que le baron avait reçu la lettre remise à Léonard, Blanche essayait de calmer les alarmes de son père. Elle se disait que pour avoir gardé le silence vis-à-vis de M. de Laveline, il fallait que M. de Lowendaal eût été touché par la confession qui lui était parvenue. Il n'avait pas révélé son secret, c'est donc qu'il ne voulait pas abuser de son influence redoutable sur M. de Laveline. Epris fortement, il comptait que Blanche reviendrait sur sa détermination. Il pardonnait la faute qui lui avait été avouée. Il voulait oublier qu'un autre avait été aimé avant lui. Peut-être espérait-il se faire aimer à son tour...