—Y a-t-il du nouveau, mam'zelle Sans-Gêne? demanda l'un d'eux à travers la rue...
—J'en attends, voisin... tenez! patientez un peu... vous allez savoir ce qu'il en est...
Essoufflé, ayant couru vite, Lefebvre, équipé, armé, les buffleteries croisées sur la poitrine, déboucha de la rue Saint-Honoré, déposa son fusil dans l'angle de la porte, et embrassa vigoureusement la blanchisseuse.
—Ah! ma bonne Catherine, que je suis content de te voir... Ça va chauffer, va! ça chauffe même déjà... c'est pour aujourd'hui!... Vive la nation!...
Les voisins timidement s'étaient rapprochés.
Ils demandèrent ce qui se passait.
—Voilà... dit Lefebvre, se campant, comme s'il allait lire au tambour une proclamation, il faut vous dire que l'on a voulu assassiner au château le vertueux Pétion, le maire de Paris...
Une rumeur indignée s'éleva de l'auditoire.
—Qu'avait-il été faire chez le tyran? demanda Catherine.
—Dame! on l'avait attiré là comme otage... Imaginez-vous que le château est une vraie forteresse, il y a des madriers aux fenêtres, les portes sont barricadées... Les Suisses sont armés jusqu'aux dents et avec eux se trouvent ces scélérats de Chevaliers du poignard... des traîtres, des amis de l'étranger... ils ont juré d'assassiner les patriotes!... Oh! s'il m'en tombe un entre les mains dans la journée qui se prépare, à celui-là son compte est bon!... s'écria Lefebvre avec une énergie presque sauvage.