—Aie pas peur; ça ne déteint pas... seulement ça cuit... oh! ça se passera!... mais attends... dans quelques jours tu auras mieux que cela...
—Quoi donc?... demanda curieusement Catherine.
—Mon cadeau de noces! répondit mystérieusement le sergent.
Il n'en voulut pas dire davantage ce jour-là, et après avoir trinqué gaiement, sous la tonnelle du traiteur, à la chute du tyran et à leur prochain mariage, qui en serait la conséquence, Catherine et son amoureux s'en revinrent par la diligence de Charenton, jusqu'à la rue du Bouloi, et de là, à pied, gagnèrent, sous le clignotement malicieux des étoiles, la boutique de la rue Royale-Saint-Roch où, brusquement, pour éviter les scènes d'attendrissement, la blanchisseuse ferma la porte au nez du sergent, en lui criant:
—Bonne nuit, Lefebvre!... tu entreras quand tu seras mon mari!...
Depuis, toutes les fois que son service lui laissait un peu de liberté, Lefebvre accourait à la boutique et jasait un bon moment avec sa payse.
Tous deux commençaient à trouver que le tyran mettait bien du temps à tomber.
Aussi, l'on conçoit avec quelle double impatience de bonne patriote et de fille à marier Catherine épiait cette aube du 10 août...
Le tocsin, dans la nuit lançant ses notes funèbres, sonnait pour les Tuileries le De profundis de la royauté et, pour la blanchisseuse, l'Alleluia nuptial.
Deux autres voisins, en costume nocturne, avaient imité Catherine et se tenaient sur leurs portes, bayant aux nouvelles...