—Vous ne pourriez, lui dit-il, passer par cette route tout encombrée de charrois, de caissons, de troupes, de fuyards aussi...
—Je veux retrouver mon enfant! répétait la malheureuse mère avec obstination, et elle ajoutait, en suppliant l'aide-major de la laisser partir: Mais pourquoi cet homme a-t-il pris mon fils?... quel crime cet enlèvement cache-t-il? quel or a payé ce scélérat?... pour le compte de qui agissait-il?
L'aide-major Marcel ne pouvait répondre à ces questions pressées, qui s'échappaient confusément de la gorge enfiévrée de la jeune femme.
Un sergent qui était venu rejoindre à l'ambulance l'aide-major et lui avait parlé à l'oreille, dit tout à coup, comme pris de pitié devant cette grande souffrance:
—Madame, un renseignement que j'ai surpris peut vous mettre sur la trace du misérable qui s'est introduit dans le camp, à l'aide de la trahison sans doute...
—Oh! dites-moi ce que vous savez, sergent! fit Blanche reprenant espoir.
—Parle, René, dit l'aide-major, dans une audacieuse tentative comme celle-ci, le moindre indice peut aider à surprendre le coupable...
Et le Joli Sergent, car c'était la jeune fiancée de Marcel le philosophe qui intervenait, raconta que dans sa compagnie se trouvait un homme qui avait été, à Verdun, l'ordonnance du malheureux commandant Beaurepaire.
Cette ordonnance avait reconnu, s'approchant de la carriole de la cantinière Lefebvre, un homme avec lequel il avait bu à Verdun, la nuit du bombardement. Il l'avait parfaitement reconnu. Cet homme était le domestique du baron de Lowendaal. Il se nommait Léonard...
—Léonard?... le valet à tout faire de M. de Lowendaal? s'était écriée Blanche. Et aussitôt, devinant d'où le coup partait, elle avait accusé Lowendaal de lui avoir fait enlever son enfant par ce Léonard, afin de la dominer, de la contraindre au mariage qu'elle avait cru rompre à jamais par sa fuite. Le petit Henriot devenait un otage aux mains du baron.