Le 11 vendémiaire (3 octobre 1795), les électeurs de diverses sections réunis à l'Odéon, et, le 12, les électeurs de la section Lepelletier (Bourse) firent un appel aux armes. Le général de Menou, qui reçut l'ordre de désarmer les sections, se laissa déborder. Il sortit du couvent des Filles-Saint-Thomas, aujourd'hui l'emplacement de la rue du 4 Septembre et de la rue Vivienne, en parlementant. Les insurgés triomphaient. Il était huit heures du soir.

Bonaparte se trouvait au théâtre Feydeau. Surpris par les événements, il se rendit à l'assemblée. On discutait les mesures à prendre. On cherchait à désigner un général pour remplacer Menou.

Barras, qui était désigné pour assurer le maintien de l'ordre, se ressouvint de Bonaparte qu'il avait connu et apprécié devant Toulon.

Le lendemain 13 vendémiaire, Bonaparte balayait les sectionnaires devant l'église Saint-Roch, et se trouvait nommé général pour l'intérieur.

Il tenait cette fois le pouvoir et n'allait plus le lâcher. La veille, destitué et sans ressources, il se voyait brusquement maître de Paris et bientôt de la nation.

Son étoile, tour à tour radieuse et pâlissante, luisait enfin claire et fixe au firmament. Pour vingt ans elle allait devenir le phare de la France éblouie.

[XXII]
YEYETTE

La fortune avait soudainement souri à Bonaparte.

Un coup de bascule inattendu et puissant venait de l'envoyer au pinacle.

Malgré ses talents militaires déjà révélés, et les éloges que lui avaient décernés publiquement des hommes au pouvoir, son nom demeurait obscur et sa situation précaire.