Cambon, le grand financier de la Convention, homme intègre et esprit d'élite, le héros favori de Michelet, peu tendre pour la plupart des vrais chefs de la Révolution, avait délivré en sa faveur ce certificat à l'occasion des combats d'Antibes: «Nous étions dans ces imminents dangers, lorsque le vertueux et brave général Bonaparte se mit à la tête de cinquante grenadiers et nous ouvrit le passage.»

Fréron déclarait qu'il était seul capable de sauver les armées en péril de la République.

Barras, le corrompu mais intelligent politicien, l'oubliait.

Mariette, arrachée par lui à la mort, au milieu des forçats de Toulon lâchés par les Anglais, ne donnait aucun signe de vie.

Aubry, le capitaine obtus qui s'était bombardé général de division en prenant le portefeuille de la guerre, le rayait de l'armée.

Enfin ce rêve d'un mariage riche qu'il avait par deux fois tenté de réaliser, en épousant, soit la veuve de son ami Permon, soit Désirée Clary, la seconde fille de l'aubergiste Boyer, s'était évanoui.

Il ne lui restait plus qu'à partir pour la Turquie, organiser la garde du sultan, ainsi que l'y autorisait un décret du Comité de Salut public, en date du 15 septembre 1795, ainsi conçu:

«Le général Bonaparte se rendra à Constantinople avec ses deux aides de camp pour y prendre du service dans l'armée du Grand-Seigneur et contribuer de ses talents et de ses connaissances acquises à la restauration de l'artillerie de ce puissant empire, et exécuter ce qui lui sera ordonné par les ministres de la Porte. Il servira dans sa garde et sera traité par le Grand-Seigneur comme les généraux de ses armées.

»Il sera accompagné, pour l'aider dans sa mission, par les citoyens Junot et Henri Livrat, en qualité d'aides de camp, capitaines Sergis et Billaud de Villarceau, comme chefs de bataillon d'artillerie, Blaise de Villeneuve, capitaine du génie, Bourgeois et la Chasse, lieutenants d'artillerie de première classe, Maissonnet et Schneid, sergents-majors d'artillerie.»

Mais l'insurrection du 13 vendémiaire avait éclaté.